Pour Aristote, du moins dans son livre II, les Carthaginois étaient bien gouvernés et leur constitution lui paraissait « à beaucoup d’égard supérieure aux autres ». Il qualifie cette dernière de mixte, car elle a des traits à la fois aristocratiques et démocratiques :
« Les rois sont avec les Anciens, maîtres de porter ou de ne pas porter une affaire devant le peuple quand tous sont d’accord ; dans le cas contraire, c’est au peuple d’en décider. En ce qui concerne les affaires présentées au peuple, on lui concède non seulement le droit d’écouter les décisions des autorités, mais aussi le pouvoir de décider souverainement, et tout citoyen, s’il le désire, peut présenter des contre-propositions, ce qui n’existe pas dans les autres constitutions. »
Politiques. II 11,5-6
Cette constitution vantée par Aristote, ne mit pas Carthage à l’abri des tentatives de coups d’État. La première est attribuée par les sources anciennes à Malchus qui, au VIe siècle, après avoir investi la ville, fut accusé d’aspirer à la tyrannie et fut mis à mort (Justin, XVIII, 7, 18). Plus tard, à l’époque de l’expédition d’Agathocle en Afrique en 310, Bomilcar aurait profité de la confusion qui régnait à Carthage pour se proclamer tyran. Mais les Carthaginois réagirent promptement et le firent mettre en croix. Il semble par conséquent que la tyrannie ou la dictature n’ont jamais pu être instaurées à Carthage.
La véritable histoire de Carthage et de Hannibal, (p. 18-19). Textes réunis et commentés par Jean Malye. Les Belles Lettres, 2007.